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Le Canotage

Comme l’écrit Frédéric Delaive dans sa remarquable thèse sur le « Canotage et les canotiers de la Seine », « à partir de 1830, l’imaginaire de la mer s’impose aux Parisiens qui vont sur l’eau. La barque séquanaise à fond plat ne leur suffisant plus, ils importent des ports de la Manche des canots à voiles, bientôt copiés et améliorés par les constructeurs de la capitale. Pour se promener à Paris et dans ses environs et courir les guinguettes, ils se costument en marins, ce qui leur vaut d’être raillés par la presse et les caricaturistes. Les canotiers de 1840, souvent des étudiants, des employés et aussi des artisans, s’associent en mutuelles pour louer ou acheter une embarcation. Leur « canotage », à la fois promenade et course à la voile et à l’aviron, n’est pas que l’ancêtre de la navigation de plaisance et des sports nautiques en France, c’est aussi le premier loisir moderne ».

Bien qu’existant déjà à l’intérieur même de la ville de Paris, les canotiers s’établirent dès le Second Empire sur les bords de la Seine, puis sur les bords de Marne. Une des excursions favorites consistait à effectuer le fameux « Tour de Marne », en partant du Pont Marie à Paris. La boucle de Saint-Maur, dont on commençait à voir les premiers pavillons s’élever, constituait un lieu paradisiaque, aussi sauvage que l’Amazonie.

Ces canotiers étaient de bons vivants qui ne pensaient qu’à s’amuser et à prendre du bon temps avec de jolies filles qu’ils emmenaient faire un tour en bateau pour voir la feuille à l’envers ! Le roman d’Alexandre Dumas, « Le Père La Ruine », décrit parfaitement cette atmosphère de joyeux fêtards, jeunes et insouciants, souvent provocateurs.

Peu à peu, lorsque les premières sociétés d’aviron émergèrent, la concurrence fut rude pour l’occupation de la Seine et de la Marne qui, souvent, ressemblaient à un théâtre de combat naval, avec toutes les injures qui fusaient de part et d’autre. Néanmoins, peu à peu, ce furent les sportifs, les « rowingmen », qui l’emportèrent sur les canotiers au chapeau de paille. Et les premières sociétés d’aviron se créèrent.

Des régates furent organisées dès 1834 sur le bassin de la Villette à Paris, au Quai d’Orsay, mais également à Neuilly, à Suresnes et à Asnières. Des joutes à la lance leur donnaient un air de fête, tout comme les défilés nocturnes aux lanternes vénitiennes et les feux d’artifice. L’été, chaque mercredi soir, un grand bac illuminé, « L’Union », tiré par 10 rameurs, chargé d’un grand orchestre, accompagnait toute cette flottille de bateaux. Le trajet allait du Pont Louis-Philippe à Saint-Maur et nous en conservons encore de très rares gravures ou photographies.



La « Société des Régates Parisiennes » est créée en 1853 et impose des règlements aux compétitions souvent anarchiques de l’époque. Elle crée le Championnat de la Seine, qui sera considéré comme un Championnat de France jusqu’en 1876. Dans la foulée, le premier club d’aviron parisien est fondé, c’est le « Rowing-Club de Paris ». Son embarcation la plus connue encore de nos jours, une yole construite par le vicomte de Chateauvillard, s’appelait « Le Duc de Framboisie ». Elle remporta de nombreuses compétitions jusqu’à Brest et Nantes et fut encore plus célèbre par la création d’une chanson burlesque de caf’conc’, aux « Folies Nouvelles » en 1855. Le garage à bateaux était alors situé à Asnières.

Inévitablement, la rivalité entre ces sportifs et les canotiers traditionnels commença à éclater. Le « Chant des Canotiers » décrit bien cette atmosphère sympathiquement belliqueuse :
« Tas d’chicards,
Tas d’flambards,
Les canotiers de la Seine,
Sont bien vus, bien reçus,
Et partout font des chahuts ! ut !
»


1865 : fusion de la Société des Régates Parisiennes et du Rowing-Club. Un garage à bateaux est construit dans l’Ile des Loups à Nogent-sur-Marne en 1887, constituant une annexe marnaise. En effet, le club participait déjà à des régates sur la rivière, comme celle du 28 Juin 1868 au parc de Bry. La liaison Seine-Marne est évidente. D’autant plus que l’ouverture de la ligne de la Bastille en 1859 favorise une liaison directe et rapide entre Paris et les Bords de Marne. Cette ligne, ajoutée à celle de la gare de l’Est (1856), permet donc aux rameurs de la Seine d’accéder à la Marne assez facilement.

Avec la création de deux autres clubs d’aviron en Seine les années suivantes, le Cercle Nautique de France et la Société Nautique de la Basse-Seine, ce sont maintenant des dizaines de bateaux d’aviron que l’on peut voir sur le fleuve, où guinguettes et constructeurs de bateaux se sont établis parallèlement.

1889 : au cœur de Paris ont lieu des régates pour l’Exposition Universelle.

Mais revenons maintenant à la Marne :

1876 : le premier club s’installe dans l’île Fanac à Joinville-le-Pont. La station de la ligne de la bastille est toute proche. Le boat-house ne sera construit qu’en 1883. Comme pour la plupart des sociétés d’aviron marnaises, le siège social est situé dans un restaurant de la Place de la bastille où ont lieu des assemblées générales … suivies d’un banquet !

Ce qu’il faut souligner, c’est que la Marne, bien moins large que la Seine, apportait un côté plus convivial. La multiplication des sociétés de canotage et d’aviron en faisait la plus forte concentration en France. De nos jours, avec encore neuf clubs d’aviron répartis entre Lagny et Saint-Maur, c’est encore le cas. Et ceci malgré la destruction de clubs par la promotion immobilière (la S.N. Bourse à Nogent-sur-Marne) ou par l’Etat (la S.N. En Douce à Joinville-le-Pont, détruite par le passage de l’autoroute A4), ou par l’incendie (L’Encou à Nogent et la S.N.Marne à Joinville). Certaines se sont remises de ces coups du sort, d’autres pas (fusions, disparitions). Sur la Seine, c’est la transformation radicale des quais par des voies rapides, qui a provoqué la destruction des bâtiments nautiques.

Reconstruction à l’identique du boat-house de la Société Nautique de la Marne en 2007



Un atout supplémentaire : la rénovation exemplaire des berges, qui a commencé par celles du Perreux-sur-Marne au début des années 1980. C’est toujours un plaisir de ramer sur la Marne, tandis que la navigation de plaisance ou sportive sur la Seine est de plus en plus difficile, avec des convois de péniches fréquents et importants, et des berges dénaturées, voire défigurées par des ensembles immobiliers arrivant parfois jusqu’au bord de l’eau. Alphonse Karr, qui fut un grand navigateur sur la Seine, n’en reviendrait pas.




La Tête de Rivière de la Marne, défilé final sur le bassin de Bry-Le Perreux vers 1960



Signalons enfin pour les internautes néophytes en la matière, que chaque club possède ses propres couleurs, visibles à la fois sur les maillots et sur les pelles, qui sont l’embout terminal plat de l’aviron (et non pas de la rame).
On peut donc facilement savoir quelles équipes et quels clubs s’affrontent lors des compétitions. La plus célèbre sur la Marne était la « Tête de Rivière », organisée dès 1933 par la Société Nautique de la Bourse, jusque dans les années 1960.



En 1998, le Grand National à Huit tente de faire revivre la mythique Tête de Rivière.




Aujourd’hui, presque toutes les compétitions organisées par des clubs ont disparu au profit de courses d’aviron nationales ou internationales, au détriment de la vie de ces clubs, qui n’a plus rien à voir avec ce que les anciens ont connu. « O tempora, o mores ! »

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