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Les Bords de Marne : un mythe vivant

Un peu d’histoire ….

Les bords de Marne entre Joinville et Nogent, 1865, extrait du « Tour de Marne ». la campagne à l’état pur.

Jusqu’en 1858 : c’était la campagne. On y chassait alors le lapin et le perdreau sur des terres ancestrales où subsistaient encore des fermes (Le Tremblay, Champignol) et des châteaux (à Polangis, Chennevières). Des parcs immenses existaient encore, vestiges de domaines seigneuriaux disparus (celui d’Agnès Sorel à Beauté-sur-Marne, ou du Grand Condé à Saint-Maur-des-Fossés). Bois, champs et prés constituaient un écrin de verdure pour le joyau de la Marne.

 

La locomotive à vapeur B729 empruntait le viaduc de Nogent.

 





1856-1859 : La révolution industrielle du chemin de fer.

La ligne du Chemin de fer de l’Est et celle de la Bastille sont ouvertes. L’une relie la gare de l’Est à Nogent et à son quartier du Perreux, l’autre relie la gare de la Bastille située en plein centre de Paris (à l’emplacement de l’actuel Opéra Bastille), à la Varenne-Saint-Hilaire.
Les travaux de terrassement ont été considérables. Mais c’est ainsi que les Parisiens découvrent la campagne à deux pas de chez eux.
A 11 kilomètres des tours de Notre-Dame de Paris, la nature est encore vierge. Plus pour longtemps…

1860 : la première guinguette s’installe dans l’Ile Fanac à Joinville-le-Pont. C’est un restaurateur de Bercy, Jullien, qui lance l’idée du bal et de la guinguette sur les bords de Marne.
Avec la ligne de la Bastille, les habitants du quartier populaire et artisanal du Marais en sont les premiers clients.
Avec la seconde ligne ferroviaire, qui part vers Mulhouse, ce sont également les bords de Marne du Perreux (alors sur le territoire de Nogent) et de Bry-sur-Marne, qui voient affluer les Parisiens en manque de verdure.
Des dizaines d’établissements vont ainsi fleurir sur les bords de la rivière. Tous ne sont pas des guinguettes avec un bal, mais la quasi totalité possède une terrasse au bord de l’eau.

La gare de la ligne de la Bastille à Nogent-sur-Marne, a survécu au R.E.R.

1864-1865 : les premiers canaux sur la Marne. Napoléon III marqua son époque par une politique ambitieuse de modernisation de la France. La Grande-Bretagne était un modèle pour l’Europe en ce domaine.
La navigation sur des rivières non maîtrisées dans la régularité de leurs cours, et dangereuses en permanence, entravait grandement le développement économique de la France en général, et de Paris en particulier. Le canal de Saint-Maurice et le canal de Chelles ont ainsi permis aux péniches d’approvisionner Paris en permanence toute l’année, grâce à des barrages construits tout le long du cours d’eau (à Saint-Maurice, Joinville, Créteil, et Noisiel).







Le pont en pierre détruit avec, au loin l’église de Joinville-le-Pont

1870 : la guerre touche les bords de Marne.
D’une façon assez paradoxale, c’est la guerre franco-prussienne de 1870-1871 qui va attirer le Parisien vers les stations de Nogent et de Joinville. On y va pour assister au « spectacle » des bombardements et des mouvements de troupes à Champigny-sur-Marne renommée « Champigny-la-Bataille »… de loin certes, avec des jumelles ou des longues-vues, mais aux premières loges. Au pied des redoutes de Gravelle et de la Faisanderie, où s’étaient installés les gymnastes de l’Ecole de Joinville, ils découvrent un paradis au bord de l’eau ! Mais la réalité quotidienne qui va suivre pour les populations des bords de Marne, ce n’est pas du spectacle : les Prussiens sont là, chez eux, et en particulier les Uhlans, avec tout un imaginaire de terreur présent dans la mémoire collective.




La Société nautique de la Marne dans l’Ile Fanac à Joinville-le-Pont

1876 : La première société d’aviron s’installe sur la Marne.
Venu de la Tamise, passant par la Seine, et finissant sur la Marne, le canotage est un sport à la mode, mais également un agrément. La première société d’aviron de compétition, le Rowing Club de Paris, fut fondée en 1853 sur la Seine. Dès les années 1860, ce club organisa des compétitions sur la Marne, avec un garage situé dans l’Ile des Loups, mais il n’y avait alors aucun club d’aviron « marnais », juste quelques sociétés de joyeux canotiers, bien souvent éphémères. La Société Nautique de la Marne de Paris (son titre officiel) fut donc créée en 1876 par des dissidents du Rowing Club, dans l’Ile Fanac à Joinville-le-Pont. Cet embryon marqua le départ de la plus forte concentration de clubs d’aviron en France, sur la Marne, dans une portion de rivière finalement assez restreinte, jusqu’à Lagny.

1880 -1910 : Les premiers lotissements.
Ils ne s’appelaient pas encore promoteurs, mais lotisseurs. Toutefois, on leur retrouve beaucoup de points communs avec les vendeurs de biens immobiliers de notre époque : choix du site, proximité avec les liaisons de transports en commun menant à la capitale, et surtout un état d’esprit tel que tout y passait pour le seul but du profit spéculatif.






Construction des premiers pavillons sur les prés de Polangis à Joinville-le-Pont

Pensez donc, on n’hésitait pas à l’époque à raser des châteaux pour lotir un terrain. Disparus ainsi le château de Polangis à Joinville-le-Pont , coupé en deux le château de l’Etape à Chennevières-sur-Marne. On peut mettre en parallèle les destructions du bal Convert et de l’ancien Casino Tanton à Nogent-sur-Marne, pour de banales opérations immobilières.

1906 : L ’industrie cinématographique arrive à Joinville-le-Pont.
Les usines des frères Pathé s’installent au bord de l’eau. On y fabrique des films sur un site complémentaire à celui de Vincennes. Plus tard les studios de Joinville, puis ceux de Saint-Maurice, viendront compléter cet ensemble et créer la légende vivace du cinéma des bords de Marne.

1906 : L’hippodrome du Tremblay s’installe sur la commune de Champigny-sur-Marne.
Avec l’hippodrome de Vincennes, installé en 1863 dans le bois du même nom, il constitue également tout un mythe lié au monde des courses et des turfistes qui vont ensuite dans les guinguettes des bords de Marne pour fêter leur victoire … ou noyer leur chagrin.

La Marne recouvre la quasi totalité de la presqu’île de Saint-Maur.
L’Avenue Charles V à Nogent-sur-Marne pendant la crue du siècle.

1910 : La grande inondation du siècle.
Rares étaient les lotisseurs qui avaient conscience d’une réalité évidente, la proximité de la Marne. Une rivière fougueuse, impétueuse, imprévisible, qui peut se laisser aller à des débordements tout en douceur, mais spectaculaires. Les années 1908 (avec son cyclone, comparable à notre tempête de décembre 1999), et 1909 (avec des pluies continuelles ayant provoqué l’engorgement des terres en eau), ont abouti à la catastrophe de Janvier 1910. Paris et la proche banlieue furent sous les eaux. Les cartes postales de l’époque sont abondantes, car l’événement avait de quoi frapper les esprits et il fallait en conserver le souvenir pour les générations futures. 1924 et 1955 furent ensuite les deux autres grandes crues de référence.



















à Lagny-sur-Marne, comme sur tous les bords de Marne, les ponts ont été détruits.

1914-1918 : La Grande Guerre.
Tous ceux qui faisaient vivre la rivière sont partis sur le front. La plupart n’en reviendront jamais, si ce n’est à l’occasion d’une permission qu’ils viennent passer au bord de l’eau avec leurs camarades de tranchées. Des cartes postales émouvantes témoignent de leur passage. Les sociétés sportives sont gardées par les anciens non mobilisables. Les restaurants et guinguettes par les femmes. C’est le premier coup de frein à l’Age d’Or des bords de Marne.

L’Entre Deux Guerres. L’essor des bords de Marne est à son comble. Pour oublier la « Der des der », on se défoule au bord de l’eau. La Marne et ses berges sont noires de monde le dimanche. Un jeune cinéaste, Marcel Carné, tourne un court métrage d’une vingtaine de minutes sur le bassin de Nogent-Joinville en 1929. C’est un morceau d’anthologie qu’il faut voir pour comprendre la vie qui régnait alors : les baignades, la pêche, l’aviron, les chanteurs de rue, les guinguettes, la sieste sur l’herbe drue des berges où l’on cueille des fleurs … tout y est.

1939-1945 : Une nouvelle guerre.
L’occupant interdit les réunions publiques et les bals. Les hommes sont à nouveau mobilisés. Les bords de Marne sont désertés. Toutes les fêtes sont supprimées. La croix gammée apparaît sur les bâtiments publics. De vrais héros anonymes cachent des parachutistes américains. De faux héros tout aussi anonymes, font de la résistance de la dernière heure … si ce n’est de la dernière minute. Tout ce qui est interdit par les Allemands se déroule dans la clandestinité, y compris les bals. A la Libération, les bords de Marne connaîtront aussi les femmes tondues, recluses pendant de longs mois dans leur pavillon, la honte au visage.

Les années 1950 : Le dieu automobile arrive.
C’est la vraie fin des bords de Marne. La bicyclette avait déjà bien entamé la réputation du canotage, mais le Parisien restait tout de même dans une zone pas trop éloignée de la capitale. Avec l’arrivée de l’automobile, et les congés payés instaurés en 1936, on ne va plus à Nogent-Plage, mais au bord de la mer. Restaurants et guinguettes ferment un à un, faute de clients. Seul un bastion subsiste à Joinville-le-Pont : les guinguettes de Polangis. - 1970 : l’interdiction des baignades en Marne. Comme si cela ne suffisait pas, l’eau est devenue tellement polluée que l’on n’a plus le droit de s’y baigner, par arrêté préfectoral. Les baignades cessent leur activité. C’est fini … pense-t-on alors ! Et l’on allait connaître sans doute de nouvelles générations qui auraient dit : « Les bords de Marne, c’était quoi ? »

1990 - 2000 : le renouveau des bords de Marne.
Une réelle prise de conscience depuis la fin des années 1980 laisse apparaître une préoccupation de sauver tout le patrimoine culturel, sportif, festif et patrimonial qui peut encore l’être. Mais c’est un sauvetage in extremis. Que de destructions de bâtiments essentiels pour l’histoire de la rivière, que de bateaux en bois détruits ou même brûlés, que de documents perdus, que d’anciens partis avec leurs souvenirs non écrits ! « Quand un homme meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît », disait Leopold Sedar-Senghor. C’est vrai. C’est donc grâce à quelques passionnés de la rivière qu’une prise de conscience collective s’est opérée. Puis les médias se sont intéressés à ce mythe encore vivant des bords de Marne. Ce n’était plus du folklore mais une réalité ancrée dans un contexte d’aujourd’hui. Tout naturellement, les collectivités locales ont pris également conscience d’un trésor enfoui au fin fond des mémoires, et qu’il fallait remettre en valeur. C’est ainsi qu’en ce début du 21e siècle, la Marne a retrouvé une grande partie de ce qui faisait son cachet à la « Belle Epoque », notamment grâce à la rénovation des berges, et à une campagne d’épuration de l’eau qui devrait permettre de retrouver bientôt les baignades d’antan.





Depuis 2001 : un patrimoine à préserver et à mettre en valeur …

Le but de ce site est notamment de faire connaître, au delà des frontières, ce patrimoine longtemps ignoré, digne des plus belles régions de France :

  • Architecture : des vestiges de l’abbaye de Saint-Maur à la reconstruction d’un des pavillons Baltard, en passant par les villas anglo-normandes, on trouve sur les bords de Marne une quantité d’éléments architecturaux de grande valeur.
  • Cinéma : quelle région en France peut se targuer de posséder une histoire du cinéma aussi importante avec les usines de films à Joinville-le-Pont (Pathé et Jougla), ainsi que des studios de renommée mondiale où sont passés tous les grands acteurs (Franstudio à Saint-Maurice et Pathé à Joinville-le-Pont) ?
  • Chansons : les trois airs mythiques des bords de Marne sont connus de la France entière, d’une partie de l’Europe et également dans certains pays du monde. « Quand on’s’promène au bord de l’eau » chanté par Jean Gabin dans « La Belle Equipe », « Ah ! Le Petit Vin Blanc », l’hymne de Nogent-sur-Marne, et « A Joinville-le-Pont- pon  - pon ». Mais c’est toute une tradition de la chanson française qui trouve ici le cœur de son histoire. Des artistes comme Francis Lemarque ou Michel Jonasz se sont souvent inspirés de la Marne. Charles Trénet a longtemps vécu à La Varenne, et termina sa vie à Nogent-sur-Marne, appliquant à la lettre un couplet d’une de ses plus belles chansons – « Revoir Paris » - dans laquelle il parlait de « tous ces braves gens de La Varenne et de Nogent ». 
  • Peinture : on sait très rarement que les plus grands impressionnistes sont venus au bord de la Marne par le chemin de fer, tout comme ils étaient arrivés sur les bords de Seine. Cézanne, Pissarro, Guillaumin par exemple. Puis vinrent Marquet, Dufy, Le Douanier Rousseau, Dunoyer de Ségonzac, Berthommé Saint André, pour ne citer que ceux-là. Sans compter l’incomparable Ferdinand Gueldry, peintre désormais reconnu à sa juste valeur comme un maître dans l’art d’illustrer des scènes de canotage et d’aviron.
  • Littérature : les plus grands écrivains sont venus trouver une source d’inspiration au bord de notre rivière : Emile Zola à Joinville-le-Pont, Alexandre Dumas à Saint-Maur-des- Fossés, ou bien encore Victor Hugo à Créteil.
  • Patrimoine fluvial : il subsiste encore beaucoup d’embarcations anciennes construites sur les bords de la Marne, principalement à Joinville et au Perreux, par Dossunet, Lein, Seyler, Hérouard « dit Palan », et tant d’autres. Une association de bords de Seine les restaure avec beaucoup de talent : il s’agit de « Sequana ». Ces bateaux anciens commencent maintenant à être reconnus au niveau du Ministère de la Culture et certains sont classés Monuments Historiques.

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