Histoire des Guinguettes
Association Culture Guinguette
Bords de Marne
Canotage
Les arts
Guinguettes et loisirs
Actualités

 

Bords de Marne

> Littérature

  Histoire | Architecture | Loisirs et fêtes | Littérature | Les confréries | Bibliographie et liens

Les Ecrivains et Poètes des bords de Marne

Lieu d’inspiration ou de villégiature - parfois les deux ensemble - les bords de Marne ont vu de nombreux artistes du monde de la littérature et de la poésie arpenter leurs rives, et ceci depuis des temps très reculés.

Eustache DESCHAMPS (vers 1346 - vers 1407) : messager et huissier d’armes de Charles V, ce fut l’un des poètes les plus célèbres de son temps. Quoi de plus naturel qu’il célébrât le château de Beauté-sur-Marne, donné par son Roi à Agnès Sorel (son emplacement se trouve aujourd’hui situé sur la commune de Nogent-sur-Marne, tout près du pavillon Baltard) ; voici une des strophes de sa ballade :

  «Les prés sont près, les jardins déduisables,
Les beaux préauls, fontaine belle et clere,
Vigne aussi et les terres arables ;
Moulins tournans, beaux plains à regarder,
Et les beaux sauvoirs pour les poissons garder
Galatas grands et adroits,
Et la belle tour qui garde les destroits,
Ou l’on peut se retraire à sauveté ;
Par tous les points, le doulz prince courtois
Donna le nom à ce lieu de Beauté. 
»


François RABELAIS (vers 1494 - vers 1553) : au cours de sa tumultueuse vie, il était devenu chanoine de l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés. La Tour Rabelais, l’un des vestiges les plus important de cette abbaye, rappelle encore sa présence sur les bords de Marne. On suppose qu’il a travaillé ici à son « Tiers Livre » vers 1535-1536.

Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, comtesse de LA FAYETTE (1634-1693) : habituée de Saint-Maur, de par sa relation avec Jean Hérault de Gourville, elle avait l’habitude de venir à Saint-Maur-des-Fossés, notamment au château du Grand Condé (détruit sous la Révolution). On dit qu’elle y écrivit une partie de « La Princesse de Clèves ».

Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de SEVIGNE (1626-1696) : son grand-père, Philippe de Coulanges, possédait le château de Montaleau à Sucy-en-Brie. Dans une de ses célèbres lettres à sa fille, elle écrivit en 1676 :

  « Vous ai-je mandé que je fus l’autre jour à Sucy, chez le président Amelot, avec d’Acqueville, Corbinelli, Coulanges ? Je fus ravie de voir cette maison où j’ai passé ma plus belle jeunesse ; je n’avais pas de rhumatismes en ce temps-là ! »

Alexandre DUMAS (1802-1870) : sur le quai de La Varenne, près de l’actuel pont de Chennevières, existait alors un restaurant appelé « Au Père La Ruine », du nom d’un ancien soldat de la garnison de Mayence. Au travers de l’histoire d’un braconnier pêcheur et d’une lavandière, pendant la période 1794-1834, Dumas en fit un roman célèbre : « Le Père La Ruine » (1860). Bien que très mélodramatique, l’histoire fourmille d’une quantité de détails sur la Marne dans la boucle de Saint-Maur, et sur les premiers lotissements à La Varenne, ses « envahisseurs » et ses premières constructions disparates :

  « Avant de se jeter dans la Seine à Charenton, la Marne se tord, se contourne, se replie sur elle-même, ainsi qu’un serpent qui se réchauffe au soleil ; elle effleure la rive du fleuve qui doit l’absorber, puis, par un brusque détour, elle s’enfuit à cinq lieues plus loin. Enfin une seconde fois elle s’en rapproche encore pour s’en écarter de nouveau, comme si elle ne se décidait qu’à regret, la chaste naïade, à abandonner ses rives ombreuses et verdoyantes, et à mêler ses eaux d’émeraude au grand égout parisien.

… Mathieu avait planté horizontalement dans la façade de sa maison un sapin garni de ses branches, acheté trois cent bouteilles de vin bleu à un vigneron du coteau, une demi-douzaine de casseroles à un chaudronnier de la rue de Lappe, métamorphosé audacieusement madame Mathieu en cordon bleu et écrit sur son mur cette enseigne fallacieuse :

AU RENDEZ-VOUS DES MALINS PÊCHEURS
MATHIEU, MARCHAND DE VINS PÊCHEUR
Fait noces et festins, matelotes et fritures
Salons et cabinets de société


… l’élan était imprimé, les moutons de Panurge se mirent en branle peu à peu, et, en moins de temps que l’on n’eût pu le croire, la solitude se peupla, les champs se transformèrent en jardins, les buissons se changèrent en murailles.
… en même temps que la plaine devenait village, le rivage se créait port. Une vingtaine de barques, de canots, de bachots étaient les uns près des autres venus prendre leur rang d’amarrage le long de la berge où la vieille embarcation du père La Ruine avait vécu solitaire pendant tant d’années.

…Il était vêtu d’un costume bien popularisé aujourd’hui, mais qui, en l’an de grâce 1833, devait paraître étrange. Ce costume se composait d’un gilet tricoté dont les bandes étaient alternativement rouges et noires, d’un large pantalon de toile bise appelé cotte, qui était retenu à la taille par une ceinture de cuir à laquelle pendait un couteau à manche de buis enfermé dans une gaine. Ce vêtement maritime se complétait par un chapeau de paille bas de forme, sur le ruban flottant duquel on lisait, écrit en majuscules dorées : La Mouette.
… Les équipiers de « La Mouette », comme cela arrive fréquemment aujourd’hui encore dans le canotage, étaient de braves ouvriers qui, le dimanche, par passion, devenaient marins en s’associant, pour satisfaire ce goût de sport, à un autre amateur plus favorisé du ciel et auquel ses ressources avaient permis l’acquisition du principal instrument de leur plaisir.
…Les avirons tombèrent dans l’eau avec un seul bruit, et « La Mouette », légère et rapide comme l’oiseau dont elle portait le nom, commença à remonter le courant. Ils allèrent jusqu’à Champigny … …Ils se trouvaient alors à l’extrémité inférieure de l’île de Tire-Vinaigre, à un endroit où, grâce aux remous et malgré la profondeur, les sagittaires et les nénuphars avaient pu attacher leurs racines et couvrir la surface de l’eau de leurs feuilles lancéolées et de leur large disque d’un vert si tendre.

… On arriva ainsi aux premiers jours de septembre, c’est-à-dire à l’époque où avait été fixée la fête patronale de La Varenne… L’affiche eut un succès prodigieux ; tous les faubourgs de l’est descendirent dans la presqu’île de la Marne ; la loterie ne devait faire qu’un heureux ; mais chacun espérait être celui-là, et ceux auxquels le sort refuserait ce privilège avaient pour se consoler les joutes, les courses de bateaux, de citrouilles et de canards, les jeux de l’anguille et du baquet, le bal et les autres divertissements…
… il vida coup sur coup, sans reprendre haleine et à l’admiration générale, une douzaine de ces énormes verres qui contiennent environ un demi-litre, et que les canotiers appellent des guidals…

Victor HUGO (1802-1885) : un court séjour à l’auberge du Petit Cochon de Lait à Créteil lui permit d’écrire un joli poème publié dans « Les chansons des rues et des bois ». En voici un extrait :

Le Petit Cochon de Lait était encore en activité sur le bras du Chapitre de Créteil jusqu’en 1990
« Sachez qu’hier, de ma lucarne,
J’ai vu, j’ai couvert de clins d’yeux
Une fille qui dans la Marne
Lavait des torchons radieux…»

Alphonse DAUDET (1840-1897) : bien loin de son moulin de Fontvieille, il possédait une maison de campagne à Champrosay, en Seine-et Marne. Mais c’est la guerre de 1870 qui lui fit connaître les bords de Marne sous un autre aspect. Enrôlé dans le 96ème bataillon de garde nationale, il se retrouve bientôt à Nogent face aux Uhlans. C’est dans « Les Contes du Lundi » (1873), dans le chapitre « Aux avant-postes », qu’il nous décrit sa descente vers la Marne.

  « A Nogent, encore des soldats …Enfin voici la campagne. Longue route déserte qui descend vers la Marne. Admirable horizon couleur de perle, arbres dépouillés frissonnant dans la brume. Au fond, le grand viaduc du chemin de fer, sinistre à voir avec ses arches coupées, comme des dents qui lui manquent . En traversant Le Perreux, dans une de ces petites villas au bord du chemin, jardins saccagés, maisons dévastées et mornes, vu derrière une grille trois grands chrysanthèmes blancs échappés au massacre et tout épanouis. J’ai poussé la grille, je suis entré ; mais ils étaient si beaux que je n’ai pas osé les cueillir. Pris à travers champs et descendu à la Marne. Comme j’arrive au bord de l’eau, le soleil débarbouillé tape en plein sur la rivière. C’est charmant. En face, Petit-Bry, où l’on s’est tant battu la veille, étage paisiblement ses maisonnettes blanches sur la côte au milieu des vignes. De ce côté-ci de la rivière, une barque dans les roseaux. Sur la rive, un groupe d’hommes qui causent en regardant le coteau vis-à-vis. Ce sont des éclaireurs que l’on envoie à Petit-Bry voir si les Saxons y sont revenus. Je passe avec eux… Il faut y aller. Rude corvée. La Marne est lourde et dure. Je rame de toutes mes forces, et tout le temps je sens dans mon dos le Saxon de là-haut qui me regarde, immobile derrière son arbre… … Et bien, toutes ces villas bourgeoises du bord de la Marne, ces chalets coloriés et burlesques, rose tendre, vert pomme, jaune serin, tourelles moyen âge coiffées de zinc, kiosques en fausses briques, jardinets rococos où se balancent des boules de métal blanc, maintenant que je les vois dans la fumée de la bataille, avec leurs toits crevés par les obus, leurs girouettes cassées, leurs murailles toutes crénelées, de la paille et du sang partout, je leur trouve cette physionomie épouvantable… … A chaque coup de feu, on nous répond de la rive en face. Le son porté sur l’eau ricoche et roule sans fin entre les collines. Par les meurtrières du salon, on voit la Marne qui reluit, la berge pleine de soleil, et des Prussiens qui détalent comme de grands lévriers à travers les échalas de vignes. »

Alphonse Daudet échappera à un obus prussien venu de Chennevières, alors qu’il se trouve près du fort de la Faisanderie à Joinville-le-Pont.

Emile ZOLA (1840-1902) : ami des peintres, dont Cézanne, on peut supposer qu’il connut les bords de Marne par leur intermédiaire. Dans son roman « Au Bonheur des Dames » (1883), les principaux personnages passent une journée de détente au bord de l’eau à Joinville-le-Pont. La version cinématographique, avec Michel Simon dans le rôle principal, fait malheureusement une impasse totale sur cet épisode. L’île Fanac de Joinville-le-Pont et son restaurant Jullien y sont décrits :

Le petit bras de la Marne et le restaurant Jullien sur l’Ile Fanac

« Le fiacre roulait, on arriva à la gare de Vincennes juste pour un train… Ils montèrent en secondes, toute une gaieté bourdonnante s’échappait des wagons. A Nogent, une noce débarqua au milieu des rires. Enfin, ils descendirent à Joinville, passèrent dans l’île tout de suite, pour commander le déjeuner ; et ils restèrent là, le long des berges, sous de hauts peupliers qui bordaient la Marne. L’ombre était froide, une haleine vive soufflait dans le soleil, élargissait au loin, sur l’autre rive, la pureté limpide d’une plaine, déroulant des cultures. … Mais, sur le désir de Denise, ils décidèrent que l’on resterait à Joinville ; ce serait drôle , on se donnerait de la campagne par-dessus la tête. Et, tout l’après-midi, ils battirent les champs. … Mais leur flânerie, au hasard des sentiers, revenait quand même le long de la Marne ; ils s’intéressaient à la vie de la rivière, aux escadres d’yoles et de norvégiennes, aux équipes de canotiers qui la peuplaient.

… Le soir, on retourna au restaurant de l’île. Mais l’air était devenu trop vif, il fallut manger dans une des deux salles fermées, où l’humidité de l’hiver trempait encore les nappes d’une fraîcheur de lessive. Dès six heures, les tables manquèrent, les promeneurs se hâtaient, cherchaient un coin ; et les garçons apportaient toujours des chaises, des bancs, rapprochaient les assiettes, entassaient le monde. On étouffait maintenant, on fit ouvrir les fenêtres. Dehors, le jour pâlissait, un crépuscule verdâtre tombait des peupliers, si rapide, que le restaurateur, mal outillé pour ces repas à couvert, n’ayant pas de lampes, dut faire mettre une bougie à chaque table. Le bruit était assourdissant, des rires, des appels, des chocs de vaisselle ; au vent des fenêtres, les bougies s’effaraient et coulaient ; tandis que des papillons de nuit battaient des ailes, dans l’air chauffé par l’odeur des viandes, et que traversaient de petits souffles glacés. … Hutin brusquement parut. En vareuse rouge, une toque renversée derrière le crâne, il avait à son bras la grande fille blanche, la barreuse, qui, pour porter les couleurs de l’yole, s’était planté une touffe de coquelicots sur l’oreille. … La chaleur avait grandi, les bougies coulaient sur les nappes tachées de vin ; et, par les fenêtres ouvertes, lorsque le bruit des dîneurs tombait brusquement, entrait une voix lointaine, prolongée, la voix de la rivière et des grands peupliers, qui s’endormaient dans la nuit calme. …Lentement, le vacarme du restaurant se mourait, prenait une douceur musicale au fond de la nuit ; et ils entraient plus avant dans le froid des arbres, encore fiévreux de cette fournaise, dont les bougies s’éteignaient une à une, derrière les feuilles. En face d’eux, c’était comme un mur de ténèbres, une masse d’ombre, si compacte, qu’ils ne distinguaient pas même la trace pâle du sentier. Cependant, ils allaient avec douceur, sans crainte. Puis, leurs yeux s’accoutumèrent, ils virent à droite les troncs des peupliers, pareils à des colonnes sombres portant les dômes de leurs branches, criblés d’étoiles ; tandis que, sur la droite, l’eau par le moment avait dans le noir un luisant de miroir d’étain. Le vent tombait, ils n’entendaient plus que le ruissellement de la rivière. »

Léon BLOY (1846-1917) : de 1901 à 1904, il vécut à Lagny-sur-Marne. Pas de bons souvenirs sans doute, puisque ce pamphlétaire fameux écrivit ensuite « Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne »

Raymond RADIGUET (1903-1923) : né à Saint-Maur-des-Fossés, et y ayant toujours habité par la suite, il avait appris à connaître les moindres recoins de la Marne, au cours de sa brève et tumultueuse existence. En 1917, en pleine guerre, il se lia avec une femme beaucoup plus âgée que lui, dont le mari était parti sur le front. Il en fit un roman , « Le Diable au Corps ». Un véritable scandale à la sortie du livre en 1922. La version cinématographique de Claude Autant-Lara (1947) avec Gérard Philipe et Micheline Presle, ne permet pas d’imaginer à quel point la Marne est présente dans ce roman. Radiguet avait les bords de Marne dans la peau ; de nombreux détails sont révélateurs. Mais dans le film, seule la scène sur les bateaux-mouches à Charenton rappelle la présence permanente de l’eau dans le roman. Une nouvelle lecture s’impose donc :

Le restaurant de l’Ile d’Amour à La Varenne est actuellement en ruines.

« Nous habitions à F…, au bord de la Marne. Nous entendîmes le canon. On se battait près de Meaux. On racontait que des Uhlans avaient été capturés près de Lagny, à quinze kilomètres près de chez nous. … nous …allions polissonner sur les coteaux de Chennevières… La belle saison venue, mon père aimait à nous emmener, mes frères et moi, dans de longues promenades. Un de nos buts favoris était Ormesson, et de suivre le Morbras, rivière large d’un mètre, traversant des prairies où poussent des fleurs qu’on ne rencontre nulle part ailleurs, et dont j’ai oublié le nom. Des touffes de cresson ou de menthe cachent au pied qui se hasarde l’endroit où commence l’eau. La rivière charrie au printemps des milliers de pétales blancs et roses. Ce sont des aubépines. Un dimanche d’Avril 1917, comme cela nous arrivait souvent, nous prîmes le train pour La Varenne, d’où nous devions nous rendre à pied à Ormesson… … Vers cinq heures, nous allâmes nous promener au bord de l’eau. Marthe resta stupéfaite lorsque d’une touffe d’herbes je sortis un panier, sous l’œil de la sentinelle…Nous marchions, sans nous rendre compte de l’indécence de notre tenue, nos corps collés l’un contre l’autre. Nos doigts s’enlaçaient. Ce premier dimanche de soleil avait fait pousser les promeneurs à chapeau de paille, comme la pluie les champignons.

On voit à gauche une partie du « musée » décrit par Radiguet

… Marthe voulait suivre la Marne jusqu’à La Varenne. Nous dînerions en face de l’île d’Amour. Je lui promis de lui montrer le musée de l’Ecu de France, le premier musée que j’ai vu, tout enfant, et qui m’avait ébloui. J’en parlais à Marthe comme d’une chose très intéressante. Mais quand nous constatâmes que ce musée était une farce, je ne voulus pas admettre que je m’étais trompé à ce point. Les ciseaux de Fulbert ! Tout ! j’avais tout cru. Je prétendis avoir fait à Marthe une plaisanterie innocente. Elle ne comprenait pas, car il était peu dans mes habitudes de plaisanter. A vrai dire, cette déconvenue me rendait mélancolique. Je me disais : peut-être moi, qui, aujourd’hui, crois tellement à l’amour de Marthe, y verrai-je un attrape-nigaud, comme le musée de l’Ecu de France !

…Quand je ne couchais pas chez Marthe, c’est-à-dire presque tous les jours, nous nous promenions après dîner, le long de la Marne, jusqu’à onze heures. Je détachais le canot de mon père. Marthe ramait ; moi, étendu, j’appuyais ma tête sur ses genoux. Je la gênais. Soudain, un coup de rame me cognant, me rappelait que cette promenade ne durerait pas toute la vie. … Dans le canot, je me précipitais sur elle, la jonchant de baisers, pour qu’elle lâchât ses rames, et que le canot dérivât, prisonnier des herbes, des nénuphars blancs et jaunes… … Puis, nous amarrions le canot derrière les hautes touffes. La crainte d’être visibles ou de chavirer, me rendait nos ébats mille fois plus voluptueux. … J’aimais tant cette rive gauche de la Marne, que je fréquentais l’autre, si différente, afin de pouvoir contempler celle que j’aimais. La rive droite est moins molle, consacrée aux maraîchers, aux cultivateurs, alors que la mienne l’est aux oisifs. Nous attachions le canot à un arbre, allions nous étendre au milieu du blé…»

Jean-Pierre Hervé-Bazin, dit Hervé BAZIN (1911-1996) : il vécut quelque temps à Gournay-sur-Marne, mais la rivière ne semble pas l’avoir inspiré pour ses romans.



François CAVANNA : né en Février 1923 dans le seul immeuble qui subsiste de la rue Sainte-Anne à Nogent-sur-Marne. C’était le quartier des Italiens, tous venus de la région du Val Nure. Il évoque tout ce passé dans son livre sur les « Ritals » (Belfond 1981), dans un langage truculent, parfois choquant, mais toujours plein de nostalgie sur ce que fut le cœur de Nogent à cette époque-là.

« La rue, c’est la rue Sainte-Anne, à Nogent-sur-Marne, banlieue Est, six kilomètres de la Nation, entre le bois de Vincennes et Le Perreux. La rue Sainte-Anne ! Oh, là là, c’est un gros morceau, çà ! Laissez-moi souffler un peu. … Nogent, pour des mômes, c’est le pays de rêve … Après il y a la Marne, la large, la douce, la belle grosse feignasse qui se traîne tout le long de chez nous en se tortillant les fesses, pas pressée d’arriver à Charenton. C’est entre les cuisses de la Marne que les petits Ritals apprennent à nager. …Roger, à treize ans, en paraît vingt. Et quels vingt ! Bâti comme une espèce de Monsieur Muscle, sans avoir jamais rien fait pour ça… Une fois, au Champ aux Vaches, on se baignait, un de ces mecs couverts d’huile à friture qu’on voit sur les couvertures des journaux culturistes était là, ça le rendait malade… Et Roger, c’est pas de la gonflette. Quand il balance son poing dans le bide du gros négro en bois qu’il y a chez Gégène, à Champigny, l’aiguille fait le tour du cadran et se bloque au maxi. La Marne des bals musette, je connais pas beaucoup. Convert, Gégène, Maxe, la Boule Blanche, tout ça est colonisé, le dimanche, par le Parisien dragueur de dactylos.Ca pue la friture et ça pom-pom-pomme le flonflon à trois temps. … En semaine, le jeudi ou pendant les vacances, la Marne est à nous, les nez sales. On plonge dès qu’on voit une péniche qui se pointe au tournant, on nage a fond de train pour agripper le petit canot de sauvetage qui est accroché derrière. C’est pas commode à cause des remous de l’hélice… … Sur la Marne, il y a aussi les pêcheurs. Des vieilles merdes qui louent un emplacement avec un piquet pour amarrer une barque plate, peinte en vert, aussi déprimante à voir qu’une pantoufle charentaise. Ils restent là, des plombes et des plombes, à guetter le bouchon, faut avoir de la purée de marrons à la place du cerveau… »


… et la liste n’est pas exhaustive…

retour haut de page